12.08.05 le remetteur d’os
Il y a de ça environ dix ans, j’avais comme collègue, dans une petite boîte informatique à St-Basile, un merveilleux bonhomme du nom de Sarto.
Sarto, corpulent bon vivant dans la cinquantaine, était tout un personnage. Il partait les weekends dans les Cantons de l’Est, choisissait un rang au hasard, et le longeait profondément jusqu’à ce qu’il ait laissé la route loin derrière lui. Il engageait ensuite la conversation avec l’habitant qui s’y trouvait et lui faisait lui raconter sa vie. Il se recueillait de cette façon une foule d’histoires toutes plus hilarantes ou touchantes les unes que les autres, qu’il se plaisait ensuite à nous raconter, nous les petits jeunes dans la vingtaine.
C’est ainsi qu’un jour, alors que nous discutions de l’origine bizarre de certaines expressions, il nous raconta ce qui suit.
Dans le temps de la colonie, il y a des centaines d’années, les gens travaillaient souvent très fort physiquement, dans leurs champs, sur leurs fermes, avec leurs animaux. Il était donc assez fréquent que des fractures ou luxations survenaient, et dans ces temps-là, il ne s’agissait pas simplement de faire une visite à l’urgence. Il y avait donc un bonhomme qui faisait les régulièrement les rondes pour replacer les os cassés ou les joints déboîtés. On l’appelait le “bone setter” (pour “remetteur d’os”). Sa visite signifiait souvent une grande douleur pour les malheureux qui avaient besoin de ses services. Il faisait donc très peur aux enfants, et les parents s’en servaient comme menace pour s’assurer qu’ils se tiendraient tranquilles… “si tu fais pas dodo, le bone setter va venir”.
…et ce serait ainsi, d’après Sarto, que serait née l’expression populaire du bonhomme sept heures, que même ma propre grand-mère a utilisé pour me faire peur. Je n’avais finalement rien à craindre, ne m’était jamais rien cassé avant l’âge de 13 ans…

