06.05.05 my number one man
Quand j’étais petite, il fut une période pendant laquelle on allait au chalet de ma tante Carmen tous les weekends. Un dimanche soir alors qu’on retournait en ville, je devais avoir sept ou huit ans, je me suis rendue compte après un bon dix minutes de route que j’avais oublié mon toutou. Je passerais donc la semaine sans mon toutou. Sans se le faire demander, Papa Lightspeed a viré l’auto de bord pour aller le chercher. Je ne l’ai jamais oublié.
Quand j’étais un peu plus grande, on est déménagé sur la Rive Sud en plein milieu de ma sixième année. J’étais nouvelle, et j’étais une bolle qui avait juste été dans une école privée avant. Je me faisais donc attendre et péter la gueule après l’école à tous les soirs, comme il se devait. À bout de patience, Papa Lightspeed décide un matin de m’accompagner afin que je lui montre c’est qui la méchante. Je lui montre Michèle Hamel, m’attendant à ce qu’il lui garroche un char de… son caractère, mais il se retourne vers moi et dit “ELLE?!!! T’es un pied plus grande qu’elle calvaire! Crisses-y une volée pis achale-moi pus!”. (Le lendemain, je n’avais pas le choix que de m’endurcir et de faire exactement ce que Papa m’avait dit, mais Mèrepoule Lightspeed m’avait suivie à mon insu, et elle m’a empêché de trop péter la gueule à Michèle Hamel. Cet été-là, Papa Lightspeed m’a inscrit à une ligue de baseball, est devenu le coach de l’équipe, et m’a entraînée à bien lancer. Je me suis fait tout plein d’amis et pus jamais faite péter la gueule).
Une fois quand j’étais dans le début de la vingtaine, Papa Lightspeed et moi me magasinions un manteau d’hiver. Je voulais le beau manteau, mais Papa Lightspeed voulait que je prenne le chaud. Comme à l’habitude, nous exprimions nos deux forts caractères de façon assez animée, jusqu’à ce que la madame du magasin intervienne en prenant la part de Papa Lightspeed. Et moi de répondre bêtement à la madame, “Ben quoi? Vous voulez pas la vendre, votre belle canadienne? Gardez-la donc d’abord!” en sacrant mon camp, suivie d’un Papa Lightspeed un peu gêné. Or, ce dernier, au lieu de gronder sa fille pour avoir été impolie, se mit à rire: “Elle était faite la madame, la minute qu’elle a décidé de s’interposer, hein? Si elle avait choisi de prendre ta part au lieu, elle se serait faite ramasser par moi!!! Était faite dès le début, elle!”. Et on a bien ri. Ça fait chaud au coeur: le fait que je snappe après une pauvre petite madame de magasin était devenu un moment de rapprochement père-fille.
Bonne fête, cher Papa Lightspeed. Je t’aime!

